Extraits divers

« L’important ce n’est pas ce qu’on a fait de nous, mais ce que nous-mêmes nous faisons de ce qu’on a fait de nous. », Jean-Paul Sartre.

« L’humanité ne se pose jamais que les problèmes qu’elle peut résoudre, car, à regarder de plus près, il se trouvera toujours que le problème lui-même ne se présente que lorsque les conditions matérielles pour le résoudre existent ou du moins sont en voie de devenir. » Contribution à la critique de l’économie politique, Karl Marx

« La ville est probablement depuis 5000 ans le plus important parmi les monuments construits par l’homme, elle est la représentation physique de la volonté, des espoirs et de la mémoire de toute collectivité », Vittorio Gregotti (architecte)

« Pecca fortiter, sed fortius crede » (« Pèche fortement, mais crois plus fortement » encore), Luther

« Pour qu’une chose soit intéressante, il suffit de la regarder longtemps », Gustave Flaubert

« On m’accuse de mener une campagne avec des anarchistes et des révolutionnaires ; c’est un honneur pour moi de mener avec ces militants une lutte pour la justice et la vérité. », Francis de Pressensé

« Le fascisme, ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger à dire », Roland Barthes, Leçon, 1978

« Toute langue avec laquelle on ne peut pas se faire entendre au peuple assemblé est une langue servile », Jean-Jacques Rousseau, Essai sur l’origine des langues

« Une fois que tous les génies sont parmi l’élite, et tous les crétins parmi les ouvriers, que signifie l’égalité ? », Michael Young, L’ascension de la méritocratie

« Pour dire encore un mot sur la prétention d’enseigner comment doit être le monde, nous remarquons qu’en tout cas, la philosophie vient toujours trop tard. En tant que pensée du monde, elle apparaît seulement lorsque la réalité a accompli et terminé son processus de formation. Ce que le concept enseigne, l’histoire le montre avec la même nécessité : c’est dans la maturité des êtres que l’idéal apparaît en face du réel et après avoir saisi le même monde dans sa substance, le reconstruit dans la forme d’un empire d’idées. Lorsque la philosophie peint sa grisaille dans la grisaille, une manifestation de la vie achève de vieillir. On ne peut pas la rajeunir avec du gris sur du gris, mais seulement la connaître. Ce n’est qu’au début du crépuscule que la chouette de Minerve prend son vol. » Hegel, Principes de la philosophie du droit

« les conditions conjoncturelles, mais aussi structurales, qui (…) ont rendu possible [l’intellectuel par excellence] sont aujourd’hui en voie de disparition : les pressions de la bureaucratie d’État et les séductions de la presse et du marché des biens culturels, qui se conjuguent pour réduire l’autonomie du champ intellectuel et de ses institutions propres de reproduction et de consécration, menacent ce qu’il y avait sans doute de plus rare et de plus précieux dans le modèle sartrien de l’intellectuel et de plus réellement antithétique aux dispositions “bourgeoises” : le refus des pouvoirs et des privilèges mondains (s’agirait-il du prix Nobel) et l’affirmation du pouvoir et du privilège proprement intellectuels de dire “non” à tous les pouvoirs temporels » Pierre Bourdieu, « Sartre, l’invention de l’intellectuel total », Libération, Paris, 31 mars 1983 ;réédité dans Agone, n°26-27, Marseille, 2002.

« Deux choses remplissent le cœur d’une admiration et d’une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes à mesure que la réflexion s’y attache et s’y applique : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi. Ces deux choses, je n’ai pas besoin de les chercher et de les conjecturer comme si elles étaient enveloppées de ténèbres ou placées dans une région transcendante en dehors de mon horizon ; je les vois devant moi et je les rattache immédiatement à la conscience de mon existence.
La première commence à la place que j’occupe dans le monde extérieur des sens, et étend la connexion dans laquelle je me trouve à l’espace immense où les mondes s’ajoutent aux mondes et les systèmes aux systèmes, et en outre à la durée sans limites de leur mouvement périodique, de leur commencement et de leur durée. La seconde commence au moi invisible, à ma personnalité, et me représente dans un monde qui a une véritable infinité, mais dans lequel l’entendement seul peut pénétrer, et avec lequel (et par cela même aussi avec tous ces mondes visibles) je me reconnais lié par une connexion, non plus comme dans la première simplement contingente, mais universelle et nécessaire.
Le premier spectacle, d’une multitude innombrable de mondes, anéantit pour ainsi dire mon importance en tant que je suis une créature animale qui doit rendre la matière dont elle est formée à la planète (à un simple point dans l’univers), après avoir été pendant un court espace de temps (on ne sait comment) doué de force vitale. Le second au contraire élève infiniment ma valeur comme celle d’une intelligence, par ma personnalité dans laquelle la loi morale me manifeste une vie indépendante de l’animalité et même de tout le monde sensible, autant du moins qu’on peut l’inférer d’après la détermination conforme à une fin que cette loi donne à mon existence, détermination qui n’est pas limitée aux conditions et aux limites de cette vie, mais qui s’étend à l’infini. », Emmanuel Kant, Critique de la raison pratique, Conclusion, trad. F. Picavet, Felix Alcan, 1921, p. 291-292.

« – Personne ne sait ce qu’il se passe aujourd’hui parce que personne ne veut qu’il se passe quelque-chose. En réalité on ne sait jamais ce qu’il se passe, on sait simplement ce qu’on veut qu’il se passe et c’est comme ça que les choses arrivent. En 17 Lénine et ses camarades ne disaient pas « nous allons faire la révolution parce que nous voulons la révolution ». Ils disaient « toutes les conditions de la révolution sont réunies, la révolution est inéluctable ». Ils ont fait la révolution qui n’aurait jamais eu lieu s’ils ne l’avait pas faite, et qu’ils n’auraient pas faite s’ils n’avaient pas pensé qu’elle était inéluctable uniquement parce qu’ils la voulait. À chaque fois que quelque-chose a bougé dans ce monde ça a toujours été pour le pire. Voilà pourquoi personne ne bouge, personne n’ose provoquer l’avenir, faudrait être fou pour provoquer l’avenir, faudrait être fou pour risquer de provoquer un nouveau 19, un nouveau 14, un nouveau 37.
– Alors il ne se passera jamais plus rien !
– Si… parce qu’il y aura toujours des fous… et des cons pour les suivre… et des sages pour ne rien faire. » Marcus et Paul, La naissance de l’amour, Philippe Garel, 1991.

« Il n’y a pas de tyran qui aime la vérité ; la vérité n’obéit pas. », Alain

« Dieu, c’est la solitude des hommes. », Jean-Paul Sartre