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Philippe Claudel

Philippe Claudel, les raisons de la colère
Nathalie Crom, Télérama, 7 avril 2018

L’écrivain, membre de l’Académie Goncourt, signe un nouveau roman, L’Archipel du Chien. Dans cette fable sombre, il dépeint une micro société confrontée aux destins tragiques des migrants en méditerranée.

Il est constant dans sa capacité à s’indigner, dans son âpreté, dans la colère tout juste contenue qui sans cesse l’éperonne et l’anime, affleurant sous la surface de ses mots, prête à sourdre avec fracas. Près de vingt ans se sont écoulés depuis qu’on a découvert Philippe Claudel avec les saturniens Meuse l’oubli (1999) et Quelques-uns des cent regrets (2000), depuis qu’on a perçu sa pente orageuse en lisant l’atrabilaire J’abandonne (2000), pamphlet contempteur de l’époque, tout en prenant la pleine mesure de son empathie dans Le Bruit des trousseaux (2002), plongée en apnée dans l’expérience carcérale, la misère affective et morale à laquelle elle réduit les hommes enfermés derrière les murs clos, loin de nos regards.

Un courroux intact

Ensuite sont venus les succès — Les Âmes grises (prix Renaudot 2003), La Petite Fille de Monsieur Linh (2005), Le Rapport de Brodeck (2007)… —, les honneurs, parmi lesquels l’entrée au jury du Goncourt, à l’Académie royale de Belgique… Pourtant, ni les médailles, ni les gratifications institutionnelles et autres brevets d’honorabilité, aux effets parfois émollients, n’ont eu raison de la saine et opiniâtre colère de Philippe Claudel. En témoigne cet Archipel du Chien (éd. Stock) , dont elle irrigue aujourd’hui les pages. Mi-roman, mi-fable, une très noire parabole sur le cynisme et la veulerie ordinaires, l’indifférence à l’autre et l’apathie morale, avec pour toile de fond l’immense tragédie contemporaine des migrations en Méditerranée. Aucun doute, le courroux de Philippe Claudel est intact, palpable, plus éperdu que jamais. De son geste romanesque, il est tout ensemble l’étincelle et le carburant. Il le fonde, il le porte, il l’élève, il en pulvérise même les maladresses. Il fait de Claudel, l’humaniste meurtri et indigné, un écrivain pour temps de crises.

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