0

Municipalisme libertaire

écologie sociale, confédération, autogestion

Le municipalisme libertaire ou communalisme libertaire, désigne la mise en œuvre locale de l’écologie sociale élaborée par le théoricien communiste libertaire et écologiste politique américain Murray Bookchin. Ces termes sont utilisés pour décrire un système politique dans lequel des institutions libertaires, composées d’assemblées de citoyens, dans un esprit de démocratie directe, remplaceraient l’État-nation par une confédération de municipalités, de communes, libres et autogérées. Le projet repose sur l’idée que la commune constitue une cellule de base capable d’initier une transformation sociale radicale par propagation.

Histoire

Au Moyen Âge, les nouvelles entités communales gèrent collectivement des terres utilisables par tous les « communiers ».

Au mitan du XVIIe siècle, en Angleterre, les enclosures (privatisation des terres communales) provoquent l’apparition du mouvement des diggers, le plus ancien collectif de squatteurs connu à ce jour et considéré comme précurseur de l’anarchisme moderne.

Dans ses ouvrages La Conquête du pain (1892) et L’Entraide, un facteur de l’évolution (1902), Pierre Kropotkine structure la société sur la base de la commune autogérée, entité administrative permettant le traitement des problèmes locaux à une échelle humaine, en y recensant les besoins de la population (nourriture, logement, transport, etc.). L’association fédérale de ces communes permet la gestion globale de territoires plus vastes.

Dans l’histoire sociale, le communalisme fait référence aux différentes « communes » qui, au XIXe siècle, revendiquent tout à la fois un projet d’organisation local de démocratie directe et d’organisation globale fédérale, telles la Commune de Lyon (1870) et la Commune de Paris (1871), ou plus tard, à la Commune libre de Kronstadt en 1921, les collectivités autogérées de la Révolution sociale espagnole de 1936, etc.

Gradualisme révolutionnaire

Le municipalisme libertaire ou l’écologie sociale se réclament explicitement du gradualisme révolutionnaire : sur le terrain des luttes sociales, ils développent des revendications immédiates tout en construisant les fondements d’une société future. Ainsi, pour la Fédération municipale de base de Spezzano Albanese, en 2003, « une pratique libertaire […] ne se nourrit pas d’illusions réformistes, ni d’une révolution par laquelle on attend le boum pour après en repousser le but, mais bien une pratique gradualiste révolutionnaire qui, trouvant sa force dans le conflit, se projette, jour après jour, hors des institutions du pouvoir, avec des structures auto-organisées et autogestionnaires qui, à partir des municipalités, préfigurent […] la société de l’autogestion ».

Confédéralisme démocratique kurde

D’abord lancé dans une guérilla d’orientation marxiste-léniniste, le PKK abandonne le second qualificatif en 1994 et adopte à partir de 2005 le Confédéralisme démocratique d’Abdullah Öcalan, un programme qui rejette le nationalisme et la prise de pouvoir en tant qu’objectif du parti. Ses grandes lignes sont définies par un projet de démocratie assembléiste proche du municipalisme libertaire, une économie de type collectiviste, un système de fédéralisme intégral entre communes et une coopération paritaire et multiethnique dans des systèmes organisationnels et décisionnels autogérés. Cette réorientation sera principalement l’œuvre des relations entretenues par Abdullah Öcalan lors de sa détention avec l’essayiste Murray Bookchin. En 2006, à la suite du décès du théoricien, l’assemblée du PKK se réfère à Bookchin pour la construction d’un nouveau modèle de socialisme démocratique : le municipalisme libertaire. Celui-ci sera repris par le PYD, proche du PKK en Syrie, mais ne connaîtra une mise en place singulière qu’en 2012 avec l’autonomie kurde acquise au Rojava.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *