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Ludwig Wittgenstein

langage, faits

« Pour atteindre à la profondeur, il n’est pas nécessaire de voyager loin ; et même il n’est pas nécessaire de quitter son environnement le plus proche et le plus habituel. »

Remarques mêlées, 1946

Tractatus Logico-philosophicusLe Tractatus Logico-philosophicus est un ouvrage sur le sens. Il s’agit de tracer les limites du sens, de séparer ce qui peut être dit et ce qui ne peut pas l’être. Tout ne peut en effet être dit de façon sensée, il y a pour Wittgenstein une limite à l’expression des pensées. L’auteur ne soutient pas qu’il y a des pensées en elles-mêmes dépourvues de sens, mais plutôt que toutes les pensées ne sont pas exprimables. L’ouvrage vise donc à établir les critères qui font qu’un discours a un sens, à déterminer ce qu’on peut dire et ce qu’il faut taire. Le verdict de Wittgenstein est net : le domaine de ce qui peut être dit et celui du sens se recoupent, essayer d’exprimer l’indicible dans la langue n’amène qu’à un discours insensé. Le Tractatus est donc un ouvrage de délimitation : Wittgenstein y expose les critères du sens et dans quels cas ces critères ne sont pas remplis.

Cette démarcation n’est cependant pas une dévalorisation de l’indicible. Wittgenstein reconnaît l’importance de l’ineffable, mais c’est en le reconnaissant comme tel qu’on le « met à sa place ». Pour donner son importance réelle à l’indicible, il faut le comprendre comme tel et ne pas tenter de le communiquer dans la langue. On peut reprendre ainsi la formule de l’avant-propos pour résumer parfaitement le livre :

On pourra résumer en quelque sorte tout le sens du livre en ces termes : tout ce qui peut être dit peut être dit clairement, et sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence.

Ludwig Wittgenstein

L’une des notions les plus importantes du Tractatus Logico-philosophicus est la notion de fait.

  • 1.1. Le monde est la totalité des faits, non des choses
  • 1.2. Le monde se décompose en faits.

Le monde n’est pas un ensemble de choses : des arbres, des personnes, des villes, des avions, etc. ; le monde est composé de faits, comme « Paul est brun », « Paul aime Camille », etc. On voit ici l’aspect atomiste de la philosophie de Wittgenstein, le monde est un composé d’éléments simples (les objets), et par analyse on aboutit à ces éléments. Contrairement à Russell, Wittgenstein considère que c’est le fait, et non l’objet, qui est l’élément logique fondamental du monde.

Le fait est défini comme « ce qui est le cas », qu’on peut aussi traduire « ce qui arrive » ou « ce qui a lieu ». Il répond à un critère d’indépendance : « une chose peut être ou non le cas sans que cela influe sur le reste de ce qui existe » (1.21).

« La langue déguise la pensée. Et de telle manière que l’on ne peut, d’après la forme extérieure du vêtement, découvrir la forme de la pensée qu’il habille »

Investigations philoshophiques

Selon Wittgenstein, la plupart des problèmes de philosophie découlent de l’incapacité des philosophes à comprendre correctement les règles du langage (Regeln der Sprache). Quand un philosophe demande par exemple ce qu’est la beauté, il est convaincu qu’il doit exister quelque chose d’essentiel qui doit rendre un être beau. Or, il ne s’agit en réalité que d’une erreur suscitée par la forme grammaticale de la question qu’est-ce que… ? Ainsi Wittgenstein fait-il remarquer que nous n’avons pas besoin de comprendre ce qu’est l’essence de la beauté pour utiliser le mot « beauté » correctement ; la recherche de l’essence crée même des confusions sur la correction de l’usage d’un terme. Aussi, au lieu de chercher un substrat qui définisse le beau, Wittgenstein propose d’en trouver le sens dans notre usage réel du mot ; par exemple, en se demandant comment les enfants en apprennent l’utilisation.

« Bedeutung ist der Gebrauch – la signification correcte est dans l’usage.

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