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Amok

L’amok est un comportement meurtrier, toujours individuel, observé en de nombreux endroits du monde par l’ethnographie, puis théorisé à partir de sa forme institutionnalisée en Malaisie.
Observation et théorie
Ethnologie : définition et causes

L’amok est le fait d’une personne agissant seule. C’est un accès subit de violence meurtrière qui prend fin par la mise à mort de l’individu après que ce dernier a lui-même atteint un nombre plus ou moins important de personnes. Cette forme de l’amok observée par des voyageurs et des ethnologues notamment en Malaisie (d’où le mot vient), Inde, Philippines, Polynésie, Terre de Feu, Caraïbes, Région arctique ou Sibérie est un comportement majoritairement masculin. Si les causes du déclenchement sont socialement déterminées et de l’ordre de frustrations importantes (humiliations, échecs en public) induisant un désir de vengeance, le mécanisme est celui de la décompensation brutale. Parfois simplement qualifiée de « folie meurtrière », la course d’amok est assimilée à une forme de suicide. Bien qu’elle soit ordinairement perpétrée à l’arme blanche dans les sociétés traditionnelles, on peut en trouver un équivalent dans le monde contemporain avec certaines des tueries de masse par arme à feu perpétrées par un individu seul, s’achevant par sa capture ou sa mort concrète parfois même auto-administrée, ou bien par sa mort sociale volontaire quand l’auteur de la tuerie se rend à la justice pour y être condamné, ce qui, dans certains cas, le conduit à l’exécution. Le schéma central est alors similaire : forme de suicide accompagnée d’une libération des pulsions homicides.

On trouve également le récit de décompensations correspondant à cette définition, dans des journaux personnels rédigés par des soldats dans les tranchées lors de la Grande Guerre. Dans de telles scènes, l’auteur raconte comment un de ses camarades, de façon imprévisible, se dirige seul spontanément jusqu’à la tranchée ennemie dans l’intention d’en finir lui-même tout en supprimant autant d’ennemis qu’il lui sera possible. En correspondance avec la typologie des suicides établie par Durkheim, cette forme de la décompensation sous contrainte d’engagement patriotique est au comportement criminel ce que le suicide altruiste ou fataliste est au suicide égoïste.

Étymologie et usage

Introduit dans la langue française vers 1830, le mot « amok » provient du mot malais amuk qui signifie « rage incontrôlable » pouvant désigner aussi bien la personne atteinte que l’accès lui-même.

Le mot a été utilisé par les Britanniques pour décrire un comportement meurtrier sans discernement. Il a ensuite été utilisé en Inde pendant l’Empire britannique, pour décrire un éléphant devenu incontrôlable et causant des dégâts importants dans sa fureur. Le mot a été rendu populaire par les récits coloniaux de Rudyard Kipling. Mais il est aussi usuellement utilisé en anglais pour désigner les comportements animaux insensés et destructeurs, même ceux des animaux domestiques. Le mot est toujours usité aujourd’hui, dans l’expression « to run amok », décrivant de manière plus large un comportement ou une situation devenant hors de contrôle.

En 1904, Emil Kraepelin, psychiatre allemand qui figure parmi les fondateurs de la psychiatrie scientifique moderne, effectue un voyage d’étude à Java afin d’y tester la valeur universelle de sa classification des maladies psychiatriques. Il y identifie des troubles spécifiques à cette région, dont l’amok et le latah, pour lesquels il trouve des correspondances avec les entités diagnostiques qu’il a définies préalablement. Ce voyage marque la naissance de la « psychiatrie comparée ».

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