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Positivisme

Auguste Comte – Loi des trois états

Dans son Cours de philosophie positive, écrit de 1830 à 1842, Auguste Comte affirme que l’esprit scientifique est destiné, par une loi inexorable du progrès de l’esprit humain, appelée loi des trois états, à remplacer les croyances théologiques et les explications métaphysiques. Il fonde ainsi le positivisme scientifique.
En devenant « positif », l’esprit renoncerait à la question « pourquoi ? », c’est-à-dire à chercher les causes premières des choses. Il se limiterait au « comment », c’est-à-dire à la formulation des lois de la nature, exprimées en langage mathématique, en dégageant, par le moyen d’observations et d’expériences répétées, les relations constantes qui unissent les phénomènes, et permettent d’expliquer la réalité des faits.

« Par la nature même de l’esprit humain, chaque branche de nos connaissances est nécessairement assujettie dans sa marche à passer successivement par trois états théoriques différents : l’état théologique ou fictif ; l’état métaphysique ou abstrait ; enfin, l’état scientifique ou positif. »
Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société, 1822

« Considérées dans le passé, les sciences ont affranchi l’esprit humain de la tutelle exercée sur lui par la théologie et la métaphysique et qui, indispensables à son enfance, tendaient à la prolonger indéfiniment. Considérées dans le présent, elles doivent servir, soit par leurs méthodes soit par leurs résultats généraux, à déterminer la réorganisation des théories sociales. Considérées dans l’avenir, elles seront, une fois systématisées, la base spirituelle permanente de l’ordre social, autant que durera sur le globe l’activité de notre espèce. »
Considérations philosophiques sur la science et les savants, 1825

L’état théologique ou fictif
Sauf mentions contraires, citations issues du Discours sur l’esprit positif, 1844.
Dans l’état théologique, l’homme recherche, d’une manière presque exclusive, l’origine de toutes choses, la cause essentielle, soit première, soit finale, des divers phénomènes qui l’affectent, dans la volonté des dieux ou des esprits. L’état théologique, aussi appelé état féodal, correspond au Moyen Âge et à l’Ancien Régime. Les relations sociales y sont analysées comme le résultat de l’idée surnaturelle de droit divin.
« [L’analyse] explique les changements politiques successifs de l’espèce humaine par une direction surnaturelle immédiate, exercée d’une manière continue depuis le premier homme jusqu’à présent » – Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société, 1822
« Quoique d’abord indispensable, à tous égards, le premier état doit désormais être toujours conçu comme provisoire et préparatoire ».

  • Première phase : le fétichisme.
    Comte définit le fétichisme comme la tendance « consistant surtout à attribuer aux êtres extérieurs une vie essentiellement analogue à la nôtre ». C’est l’adoration des astres qui en constitue la forme paradigmatique. L’animisme peut aussi être classé dans cette phase.
  • Deuxième phase : le polythéisme.
    Cette phase commence lorsque « la vie est enfin retirée aux objets matériels, pour être mystérieusement transportée à divers êtres fictifs, habituellement invisibles, dont l’active intervention continue devient désormais la source de tous les phénomènes extérieurs, et même ensuite des phénomènes humains ».
  • Troisième phase : le monothéisme.
    Lors de cette phase, qui constitue à la fois l’apogée et le déclin de l’état théologique, « la raison vient restreindre de plus en plus la domination antérieure de l’imagination, en laissant graduellement développer le sentiment universel, jusqu’alors presque insignifiant, de l’assujettissement nécessaire de tous les phénomènes naturels à des lois invariables ».

L’état métaphysique ou abstrait
L’état métaphysique, aussi appelé état abstrait, désigne le siècle des Lumières et notamment les encyclopédistes. Auguste Comte leur reproche de raisonner à partir de la supposition abstraite et métaphysique d’un contrat social primitif comme le fait notamment Jean-Jacques Rousseau et de raisonner à partir des droits individuels communs à tous les hommes, aboutissant aux idées de liberté et de souveraineté du peuple. Beaucoup de philosophes, ainsi que certains pères fondateurs des États-Unis, se définissent en ce XVIIIe siècle comme déistes, position purement métaphysique.

L’état scientifique ou positif

Dans l’état scientifique, l’esprit humain renonce temporairement à comprendre l’origine ou l’éventuelle destination de l’univers, jusqu’à plus ample informé. Il renonce de ce fait à la question du « pourquoi ? » chère à Aristote (et source de plusieurs de ses erreurs en physique) et recherche par l’usage unique du raisonnement et de l’observation les lois effectives de la nature « c’est-à-dire leurs relations véritables de succession et de similitude ». L’entrée dans l’état scientifique s’accompagne de l’abandon de l’étiologie au profit d’une explication législative, c’est-à-dire fondée sur des lois invariables. La loi se substitue à la cause, la prévision à la généalogie :
« Ainsi, le véritable esprit positif consiste surtout à voir pour prévoir, à étudier ce qui est afin d’en conclure ce qui sera, d’après le dogme général de l’invariabilité des lois naturelles. »
Discours sur l’esprit positif, 1844
À l’âge de la science doit correspondre une politique fondée sur une organisation rationnelle de la société. Les grandes lignes de cette politique sont données par une sociologie scientifique.

Émile Littré, Ernest Renan ou Ernst Mach, parmi bien d’autres, ont repris une approche plus ou moins conforme à celle-ci.

« La philosophie positive est l’ensemble du savoir humain, disposé suivant un certain ordre qui permet d’en saisir les connexions et l’unité et d’en tirer les directions générales pour chaque partie comme pour le tout. Elle se distingue de la philosophie théologique et de la philosophie métaphysique en ce qu’elle est d’une même nature que les sciences dont elle procède, tandis que la théologie et la métaphysique sont d’une autre nature et ne peuvent ni guider les sciences ni en être guidées ; les sciences, la théologie et la métaphysique n’ont point entre elles de nature commune. Cette nature commune n’existe qu’entre la philosophie positive et les sciences.
Mais comment définirons-nous le savoir humain ? Nous le définirons par l’étude des forces qui appartiennent à la matière, et des conditions ou lois qui régissent ces forces. Nous ne connaissons que la matière et ses forces ou propriétés ; nous ne connaissons ni matière sans propriétés ou propriétés sans matière. Quand nous avons découvert un fait général dans quelques-unes de ces forces ou propriétés, nous disons que nous sommes en possession d’une loi, et cette loi devient aussitôt pour nous une puissance mentale et une puissance matérielle ; une puissance mentale, car elle se transforme dans l’esprit en instrument de logique ; une puissance matérielle, car elle se transforme dans nos mains en moyens de diriger les forces naturelles. »
Émile Littré, Auguste Comte et la philosophie positive

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